21 sept 2015

​Comment l'austérité mine aussi le secteur de l'aide à domicile

 

Une récente enquête du Centre d'études de l'emploi pointe les multiples conséquences de la baisse des financements publics sur le travail des associations auprès des publics fragiles, qui se traduit par des fermetures et par la dégradation des prestations et de la qualité de l'emploi.

On n'a pas fini d'explorer les multiples répercussions, souvent ignorées, d'une politique d'austérité qui n'épargne aucun secteur de l'activité sociale, pas même celle dédiée aux plus fragiles de nos concitoyens. Le Centre d'études de l'emploi (CEE) vient ainsi de publier les résultats d'une enquête de terrain menée auprès des acteurs associatifs et des salariés de l'aide à domicile. Un secteur en plein essor, avec plus de 530 000 professionnels, une activité unanimement jugée stratégique pour conduire une politique de maintien des personnes fragiles et dépendantes chez elles. Mais l'aide à domicile subit de plein fouet la contraction des dépenses publiques : le financement de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) ne suit pas la croissance du nombre de bénéficiaires, et l'asphyxie financière des conseils départementaux les conduit à réduire leur budget pour les structures, en majorité des associations à but non lucratif. Conséquences : des fermetures, des mises en redressement judiciaire, mais aussi d'autres effets moins visibles, mais non moins douloureux.

Alors que, depuis des années, les associations ont soutenu des efforts pour professionnaliser leur activité, en formant leur personnel, l'enquête du CEE révèle que désormais cette « professionnalisation par la formation est de fait limitée par les contraintes financières ».

Pour des raisons de coût salarial, les employeurs sont invités à « ne pas trop former leur personnel ». Ces associations « sont donc confrontées à des injonctions contradictoires », constate le CEE, c'est-à-dire à « gérer des situations de travail nécessitant des personnels qualifiés et à limiter le niveau de qualification de leurs salariés pour des motifs salariaux ».

Dans la même veine, des accords d'entreprise sont revus à la baisse, conduisant par exemple à supprimer l'indemnisation des frais de transport.

Le service rendu et les conditions de travail des professionnels sont aussi dégradés. Le temps d'intervention auprès des personnes diminue, et le nombre d'usagers à couvrir augmente, « ce qui suppose dans le même temps des déplacements plus nombreux, fatigants et coûteux ».

« Le secteur de l'aide à domicile figure parmi les plus accidentogènes'' et est même plus risqué que le BTP », relève le CEE. Avec un temps d'intervention réduit, les salariés voient aussi leur rôle social, la part du relationnel dans leur activité, ramené à la portion congrue. Cette dégradation de la qualité du service rendu est « source d'insatisfactions fortes dans leur travail et de questionnements sur leur rôle », constate le CEE.

Enfin, confrontées au resserrement des financements publics, des associations cherchent la parade, soit en recourant à « certaines formes d'emploi flexibles et moins coûteuses», soit dans une diversification, en développant des « services non ciblés sur les publics fragiles, rémunérés à des tarifs qui peuvent être plus avantageux pour les structures (ménage ou garde d'enfants chez des couples actifs, par exemple) ». Quitte à se retrouver en concurrence avec le secteur lucratif. Et, du coup, à se mettre en difficulté pour « conserver leur rôle social, construit autour d'un travail auprès des publics fragiles et distinct du secteur lucratif ». « Ainsi, conclut l'étude du CEE, la crise financière du secteur pèse sur les fondements de l'aide à domicile. » A part ça, les mêmes qui, au gouvernement, par leur dogme austéritaire, contribuent à l'étranglement des associations, continuent de prôner le développement de l'aide à domicile

par Yves Housson